Fraternité

Nous nous appelons tous « Frère » entre nous, et il va de soi que cette expression traduit bien ce qui nous réunit. En effet, l’initiation par laquelle nous avons tous passé nous relie tous dans une sorte de famille, unique, quelle que soit l’obédience à laquelle nous appartenons.

Nous retrouvons universellement les pas et les signes de l’Apprenti Maçon tels qu’ils nous ont été communiqués, et ceci créée réellement un sentiment d’appartenance unique, sans distinction d’aucune sorte.

Le terme de frère dérive étymologiquement d’un mot latin qui désignait tout membre de l’espèce humaine sans le lier à une descendance commune, car dans ce cas il fallait y ajouter le terme de germain, de germen = la graine.

Aux yeux des premiers chrétiens, le sacrement du baptême donnait au baptisé une nouvelle nature, et du coup l’humanité se trouvait séparée en deux groupes distincts, les baptisés et… les autres. Le terme de frère étant réservé aux membres du groupe.

L’usage de plus en plus courant de l’expression frère lui a fait perdre de son exactitude, mais on ose espérer que le prêtre ou le pasteur, lorsqu’il s’adresse à ses très chers frères, ne s’adresse pas seulement à ses fidèles mais qu’il englobe tous les humains dans son message.

Il en est de même pour nous, car en effet lorsque nous utilisons le terme de frère, et que nous voyons en l’autre notre frère, nous ne faisons que préciser une attitude par rapport à l’autre, fondée sur le constat d’un lien. Ce lien est bien sûr biologique, car nous partageons un patrimoine commun, mais il est aussi, et je dirais même surtout, culturel, créé par la possible intervention de chacun dans la réalisation de la personne de l’autre.

Lorsque je dis « tu es mon frère », je fais le constat de la présence de l’autre dans le tissu des liens qui me permettent de devenir moi.

Tout humain que j’exclus est une source dont je me prive, alors que la fraternité universelle s’étend à tous mes semblables.

Je ne puis exister sans le regard de l’autre, en d’autres termes, c’est lorsque l’autre me considère comme frère, que je suis, c’est alors que je puis dire « je ».

La fraternité devra en conséquence tendre à diminuer les inégalités, tout en préservant les différences.

Pour justifier la fraternité il n’est en conséquence pas besoin de faire appel à des notions qui tombent du ciel, ou d’obéir à un commandement, car nous le savons bien, malgré cet objectif, les religions ont plutôt sécrété des comportements d’exclusion envers les ennemis de Dieu, les infidèles ou encore les païens.

Pour être fraternel, il suffit de regarder l’humanité en face. Nous sommes l’aboutissement d’une évolution et avons ainsi développé une structure qui nous fait participer et sentir que nous sommes frères de tous les humains.

Ainsi la fraternité que nous proclamons doit impérativement aboutir non pas à marquer  la différence entre l’initié et le profane, mais nous conduire à nous investir dans ce que nous avons toujours proclamé, la construction du temple de l’humanité dans laquelle, du plus humble au plus puissant nous verrons un frère.

Puissent nos tenues nous aider à élargir la fraternité et générer notre  action dans la cité, pour élaborer un monde plus juste et enfin fraternel.

C’est d’une fraternité telle que celle-ci dont le monde a un urgent besoin.

F:. Jean-Pierre